Rendre espoir aux Belges

Posté le 7 décembre 2011 à 15 h 31 min par Erica Commentaires fermés sur Rendre espoir aux Belges

La Libre, mis en ligne le 08/12/2011

V.d.W.

 

Tel est l’un des objectifs du Premier ministre qui promet de “travailler, travailler, travailler”. Et aussi d’apprendre le néerlandais.

Mercredi 7 décembre. Il est 14 heures 15. Un à un, les députés font leur entrée dans l’hémicycle de la Chambre. L’ambiance est légère, joyeuse. On se serre la main, on s’embrasse, beaucoup. On se félicite. Enfin surtout ceux qui ont le plaisir de s’asseoir au premier rang, celui réservé aux ministres et secrétaires d’Etat.

Les promus du jour sont à la fête. Vincent Van Quickenborne (VLD) est chaleureusement félicité par le père De Croo. La nouvelle ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, aussi. Voici Laurette Onkelinx et Joëlle Milquet : sympas, presque maternelles, elles saluent Guy Vanhengel (VLD), qui quitte le gouvernement fédéral pour l’équipe bruxelloise.

Non, Yves Leterme n’ira pas s’asseoir à la place réservée au Premier ministre : il prend sa place de député, qu’il quittera la semaine prochaine pour la vice-présidence de l’OCDE à Paris. Lui aussi, on le félicite chaleureusement : il faut dire qu’il a l’air léger, heureux. Le Roi ne l’a-t-il pas nommé ministre d’Etat, le matin ? On vient l’embrasser de toutes parts. Décidément, la bise est de rigueur en ces temps de rigueur. Se dégage de l’hémicycle un parfum de bonheur, de soulagement. Seuls les bancs de la N-VA et du Belang semblent un peu tristounets : ils ne participent pas à la liesse des élus de la majorité. Les 3 députés FDF – Maingain, Clerfayt et Thierry – ne débordent pas de joie, eux non plus.

Au bacon des invités, on distingue la famille du Premier ministre. Emue et attentive. C’est le jour du sacre d’Elio. Au balcon des personnalités, on remarque Armand De Decker, l’ancien président du Sénat, mais aussi deux négociateurs : Wouter Beke (CD&V) et Alexander De Croo (Open VLD) qui pianotent frénétiquement sur leur smartphone.

14 heures 38 : l’homme du jour arrive. Costume sombre, nœud pap, brushing parfait, Elio Di Rupo est harponné ici et là : on le félicite, on l’encourage. Avant qu’il ne monte à la tribune, il faut que les nouveaux parlementaires – les suppléants des ministres – prêtent serment. Moment comique, petit suspense : en combien de langues prêteront-ils serment sachant que la première langue détermine le groupe linguistique auquel ils appartiendront. La plupart le font dans une seule langue. Mais voici Roel Desyn (CD&V) qui prononce le serment en néerlandais puis en français. Applaudissement. Olivier Destrebecq (MR) enchaîne, pareil deux langues, mais dans l’autre sens : français puis néerlandais. Vivats. Luc Van Boesen (Open VLD) fait plus fort encore : néerlandais, français, allemand. L’hémicycle retient son souffle. Les mains bottent plus fort encore lorsque Georges Dallemagne (CDH) se risque aussi dans les trois langues, imité par sa voisine, Marie-Martine Schyns (CDH elle aussi).

Fini de rire. La parole est au Premier ministre. Concentré. Il extrait son discours d’une farde beige. Et se lance.

« Mijnheer de voorzitter, geachte collega’s. Mijn eerste woorden zijn voor u, de vertegenwoordigers van de Belgische burgers in al hun verscheidenheid, of ze nu in Vlaanderen, Wallonië of Brussel wonen  » Au départ, la voie est un peu hésitante, haute perchée. Mais au fur et à mesure que le texte défile, l’orateur prend une certaine assurance. On sent la patte de son nouveau professeur de néerlandais, qui le coache depuis un mois.

Le Premier ministre détaille les mesures, balise les réformes, salue son prédécesseur, Yves Leterme, remercie le Roi, félicite les négociateurs, adresse un coup de chapeau aux experts, n’oublie pas les journalistes et aussi l’ensemble des Belges pour leur immense maturité démocratique. Il alterne les passages en français et en néerlandais : le social, c’est en français, l’économique et l’institutionnel, en néerlandais.

Moment fort : il s’adresse « enkele momenten persoonlijk tot de Vlamingen ». Pour leur dire qu’il sera le premier ministre de tous les Belges « en dus uiteraard ook van alle Vlamingen ». Il ajoute : « I k zal hard werken om mijn Nederlands te verbeteren, dat beloof ik u ». Mais il demande un peu de patience. Il promet aussi d’aller à la rencontre des Flamands. Le message semble bien passer.

Il clôt en disant sa volonté de rendre espoir aux Belges : il promet que le gouvernement va travailler, travailler, travailler et sera à l’écoute de tous. Il promet du courage et de l’audace. « Nous ne sommes pas grands sur la carte européenne. Mais nous sommes grands de cœur et d’esprit. »

L’examen est terminé. Les députés de la majorité l’applaudissent longuement, très longuement.

Et maintenant, au travail.

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