MON INTERPELLATION SUR « LE BILAN DE DIX ANS DE PLAN MARSHALL »

Posté le 29 septembre 2015 à 15 h 01 min par odestre Commentaires fermés sur MON INTERPELLATION SUR « LE BILAN DE DIX ANS DE PLAN MARSHALL »

M. Destrebecq (MR). -Monsieur le Ministre-Président, sur le principe, je ne veux pas critiquer le plan Marshall, car il aura contribué à mettre en place des outils de développement économique intéressants. Je ne veux pas non plus nier l’existence d’un effet sur le développement de l’emploi en Wallonie. Des emplois ont été créés, c’est absolument indiscutable.

En revanche, je m’interroge quant à l’apport quantitatif du plan Marshall.

Certes, le fossé qui existe entre la Flandre et la Wallonie cesse de se creuser au niveau du développement économique. Heureusement, ai-je envie de dire.

En 2012, le PIB de la Flandre était 1,37 fois supérieur à celui de la Wallonie. Quant au taux de chômage, il était, la même année, de 4,5 % pour la Flandre contre 10 % en Wallonie. Quand on compare les chiffres, on se dit que si l’on ne perd plus de terrain on se trouve encore très loin de la situation de nos voisins du Nord.

Ceci étant, je voudrais avoir votre analyse du bilan du plan Marshall. Vous comprendrez, qu’à un moment donné, il est bon de tirer une ligne et d’avoir des chiffres précis.

Puisque l’on parle de chiffres, combien d’emplois ont-ils été créés d’après les outils qui sont mis à votre disposition ? Combien ont-ils été perdus sur la même période ? Ces chiffres tiennent-ils compte des mesures décidées par le Fédéral ? Quelle a été l’évolution du volume des exportations wallonnes, ce qui me semble pour notre pays un marché ô combien important ?

Il est important que la Wallonie se déploie sur le plan économique, mais il faut qu’elle le fasse de manière géographique harmonieuse. Vous êtes à la tête d’une grande ville, je suis peut-être empêché dans une autre grande ville proche de la vôtre, peut-être un peu plus petite, mais aussi belle, mais néanmoins, plus sérieusement, quelle est l’évolution des principaux indices économiques comme le taux de chômage, le PIB par habitant, la création d’emplois, et cetera pour les six plus grandes villes de notre Région que sont Liège, Charleroi, Mons, La Louvière, Namur et Tournai ? Quelle est l’évolution de ces mêmes chiffres par province ? Il est important d’en tirer des conclusions quant à l’investissement, quant aux mesures spécifiques qu’il y aurait. Je reviens sur un élément que mon collègue mettait sur la table, il est vrai qu’il y a des situations tout à fait spécifiques dans les grandes villes et je pense, à un moment donné, qu’il est bon dans les conclusions à tirer, de voir quels sont les résultats, grande ville par grande ville, province par province.

M. le Président. – La parole est à M. le Ministre- Président Magnette.

M. Magnette, Ministre-Président du Gouvernement wallon. – Monsieur le député, tout comme vous, je suis très attaché à l’évaluation des politiques publiques, c’est une question de bonne gouvernance. Si l’on n’évalue pas, on ne peut pas corriger une politique qui ne fonctionnerait pas et c’est une question aussi de qualité du débat démocratique. Je n’ai jamais aimé, je l’ai dit à chacune de mes interviews, à chacun des débats parlementaires, ni la méthode Coué, ni le noircissement systématique de la situation. Il faut arriver à reconnaître les difficultés qui sont encore les nôtres, mais aussi à mettre en avant ce qui fonctionne et la tendance, sinon on entretient une espèce de morosité qui finit par avoir des effets négatifs, car le climat psychologique a des effets sur le comportement des gens.

Je ne fais jamais de satisfecit, pour ma part, je reconnais comme vous que la situation de la Wallonie est encore loin de celle de la Flandre même si malgré la proximité géographique et malgré l’histoire commune et le fait que nous appartenions au même État, il faut se méfier de ce type de comparaison parce que c’est une des régions les plus riches d’Europe et donc il faut plutôt se comparer à un panel de régions et à d’autres régions voisines ou semblables, mais c’est un autre problème. Surtout il ne faut pas simplement voir la situation en termes de photographie statique de la situation à un moment donné, mais surtout en termes de tendance ? C’est en termes de tendance, je l’ai toujours dit, que la situation de la Wallonie est encourageante. On a décroché pendant des décennies, ou a cessé de décrocher, on a raccroché le rythme et pour certains items on va même un peu plus vite, mais je ne vais pas revenir ici sur tout un débat que nous avons déjà eu à de nombreuses reprises, c’est le cas notamment des exportations que vous évoquiez.

Comment fait-on l’évaluation sérieuse ? Le problème de l’évaluation, je n’ai pas parlé tout à l’heure sur le plan wallon de lutte contre la pauvreté, mais on aurait pu le faire aussi, quand on dit, comme le fait par exemple le Gouvernement flamand « je vais réduire la pauvreté infantile de moitié d’ici 2020 », très honnêtement c’est impossible de faire ce genre de chose. Quand on dit « on va créer 200 000 jobs », au-delà des simples projections qui sont faites par le Bureau fédéral du plan qui dit « toute chose étant égale par ailleurs, il devrait se créer 200 000 postes de travail en Belgique à l’horizon X » où là, on est encore dans le domaine du sérieux, pour le reste on est dans les effets d’annonce et moi je n’ai pas envie de faire d’effet d’annonce.

De même je ne crois pas que l’on puisse affirmer très sincèrement que le plan Marshall à créé X unités d’emploi. Il y a trop de facteurs. Il suffit que le cours du pétrole varie comme il a varié ces années pour que cela ait plus d’effets que le plan Marshall. C’est un fait. Il suffit que le cours de l’euro varie comme il vient de varier pour que cela ait aussi plus d’effet que le plan Marshall. On ne pourrait calculer que dans une logique « toute chose étant égale par ailleurs », mais l’on ne saura jamais ce qui aurait été si les choses avaient été différentes. Dans une entreprise donnée, c’est un cas qui est très souvent donné par les patrons, ils disent que grâce au plan Marshall ils ont pu maintenir telle ou telle unité. Ils n’ont pas perdu d’emplois, ils n’ont pas créé d’emplois, mais ils ont évité d’en perdre. Ces facteurs sont d’une telle complexité que prétendre faire un lien direct entre des mesures complexes et variées comme celles du plan Marshall et un résultat aussi simple que le nombre d’emplois est une corrélation qui, par définition, ne peut pas être faite avec exactitude, aucun statisticien ne le fera.

On doit trouver le niveau d’évaluation, parce que je continue à être d’accord avec vous sur le fait que l’on évalue, qui soit suffisamment crédible. Qu’a-t-on fait dans le plan Marshall 4.0 ? On a demandé à l’IWEPS de nous proposer une logique d’évaluation forte et crédible avec une structure très précise d’objectifs, de mesures dans ces objectifs, d’indicateurs de résultats et d’indicateurs de réalisation que l’on puisse véritablement vérifier pour que si je vous soumets à vous parlementaires un tableau en disant «voilà les différentes mesures que nous comptons prendre, voilà les indicateurs », vous puissiez mesures et mesurer des choses concrètes et vérifiables et non pas des probabilités que telle mesure ait un effet sur tel et tel événement proposé.

Que nous ont-ils proposé ? Six analyses évaluatives et une évaluation macroéconomique, à savoir les terrains équipés mis à disposition des entreprises pour favoriser leur développement, la politique des pôles de compétitivité en lien avec la stratégie de spécialisation intelligente, la valorisation des résultats de la recherche dans l’industrie, l’entreprenariat, avec un accent particulier sur la dimension de genre, donc la progression des femmes en particulier puisqu’il manque de femmes dans les fonctions dirigeantes, le développement du secteur numérique et l’efficacité énergétique du bâti. Là, on a des objectifs clairs du plan Marshall sur lesquels on peut, avec des variables clairement identifiées, mesurer qu’il y a eu une progression réelle qui a été faite dans chacun de ces domaines et c’est bien notre intention. Surtout, cela permet de photographier et de se dire « cela a marché, bravo on est très content, on est fier de nous, on a fait une bonne politique », mais mieux que cela, cela permet de corriger et c’est cela le plus important. Je prends un exemple : l’évaluation du plan Marshall 2.vert nous a dit : « les zones franches cela ne marche pas ». Les experts impartiaux nous ont dit : « cela ne marche pas, c’est trop complexe, les mesures ne sont pas incitatives». On a donc sur ces recommandations supprimé les systèmes existants des zones franches et l’on va vers un système qui corrige les effets pervers. On a dit : « les pôles de compétitivité c’est très bien, mais il n’y a pas assez de valorisation industrielle des résultats des pôles de compétitivité ». On corrige les pôles de compétitivité et l’on met plus de moyens sur la valorisation industrielle des résultats.

Je pourrais vous donner d’autres exemples, mais vous avez compris la philosophie qui est de faire en sorte que l’on ait vraiment une évaluation qui aide à être un gouvernement et une administration qui tirent toujours les leçons des politiques que nous avons mises en place et de l’évaluation qui en a été faite.

Autre estimation des effets attendus : l’IWEPS propose également de produire annuellement le tableau de bord d’indicateurs qui permet de contextualiser, tableau de bord qui permettra de suivre l’évolution de la situation socioéconomique en Wallonie sur la durée du plan Marshall 4.0. En effet, sinon on a la frustration de dire : « vous êtes bien gentil, vous me dites qu’il y a de nouveaux hectares de zones d’activités économiques, il y a des jeunes qui ont appris les langues, il y a des initiatives qui ont été prises en matière d’entreprenariat et on voit que cela s’améliore ; on crée des brevets… Mais tout cela a-t-il contribué à ce que globalement la situation économique wallonne soit meilleure ? ». Vous auriez tout à fait raison et j’imagine que vous le feriez, de poser la question. C’est pour cela que j’ai demandé à l’IWEPS de mettre aussi ce volet macroéconomique global. On ne pourra jamais faire de corrélation exacte, mais l’on pourra dire que l’entreprenariat s’est amélioré, que l’on a réduit la consommation d’énergie, et cetera. Dans le même temps, on voit que la valeur a augmenté, que les exportations ont augmenté, que le taux d’emploi a augmenté ou pas, mais l’on espère évidemment que les résultats soient positifs.

C’est donc bien un plan tout à fait opérationnel et voulu comme tel, avec vraiment là aussi et on le déclinera mesure par mesure, en fiche opérationnelle qui fixe à chaque fois la mesure, le rythme de réalisation de la mesure et à chaque fois des indicateurs de réalisation. Fiche par fiche, je reprends les zonings parce que c’est plus facile, on peut voir que les friches ont été assainies, qu’elles ont été équipées, qu’elles ont été vendues ou louées, et cetera. Cela permet de mesurer très finement la progression sur chacune des fiches qui compose chacun des chapitres du plan Marshall.

On est donc en train de finaliser tout ce grand volet évaluatif qu’étaient les mesures, le budget et l’évaluation. Les trois piliers essentiels. Nous pourrons donc en reparler récemment.

J’insiste sur un point, puisque vous me dites : « On engueule les patrons et on ne les consulte pas ». Ce n’est pas vrai. D’abord, on ne les engueule pas, on les stimule et on les pique dans leur orgueil pour les encourager à être encore plus actifs et encore plus dynamiques. Bien entendu, on les associe très étroitement à tout cela. L’Union wallonne des entreprises en particulier, le groupe des 10 wallons, le groupe des partenaires sociaux de Wallonie, ont été associés déjà dans le cadre du plan Marshall2022, dans l’évaluation du plan Marshall 2.vert et dans la conception du plan Marshall 4.0. Ils le disent eux-mêmes. On a eu je ne sais combien de réunions à l’Élysette où nous les avons entendus, soumis les documents, ils ont remis leurs avis, on en a tenu compte, on a soumis une deuxième version, et cetera. Ils sont donc très étroitement associés, pour une raison très simple : c’est pour eux qu’on le fait, non pas pour leur faire des cadeaux ou pour leur faire plaisir, mais on le fait pour eux, pour qu’ils aient tous les moyens qui permettent d’amplifier le redéploiement de notre région.

M. Destrebecq (MR). – Monsieur le Ministre-Président, il faut reconnaître – entre nous – que c’est quand même assez extraordinaire que vous n’ayez répondu à absolument aucune de mes questions. C’est vrai que l’on ne peut que partager ce que vous avez dit aujourd’hui ; sur le principe, on peut être totalement d’accord avec ce que vous êtes en train de mettre en place.

Si je ne me trompe, cela fait un an maintenant que le Gouvernement, votre Gouvernement, est en place. Ce n’est pas le premier plan Marshall que la Wallonie a décidé de mettre en place, que les différents Gouvernements wallons ont décidé de mettre en place. À chaque fois chaque plan a sa philosophie, en tout cas complète le précédent ; à chaque fois on lui donne un nom en fonction de la finesse que l’on veut lui apporter pour faire plaisir probablement à l’un ou à l’autre, pour que chacun puisse s’y retrouver. Je pensais, comme pour la rentrée des classes, avec votre nouveau plumier, votre nouveau cartable, venir avec de bons chiffres. Aujourd’hui, vous nous dites : « Voilà comment on va le faire et quand on les aura on viendra vers vous et on vous les donnera ». Je trouve que c’est un peu léger, un an après la mise en place de votre Gouvernement.

Dois-je conclure par là que vous allez, d’initiative, revenir vers nous dès que ce sera fait ? Si oui, dans quel laps de temps peut-on espérer avoir ces résultats ? Ou nous conseillez-vous de revenir à la charge dans un mois, trois mois, six mois, peut-être l’année prochaine pour la prochaine rentrée ? On aura alors à ce moment- là de véritables chiffres. Comme vous le dites, c’est grâce à ces chiffres que vous allez pouvoir corriger le tir. Tant que l’on n’aura pas ces corrections… Imaginons que vous avez pris la bonne direction, alors tant mieux, ce sera une bonne nouvelle. Mais on peut aussi imaginer que vous deviez rectifier le tir. Ce sera, si on doit encore attendre six mois ou un an, ce sera probablement six mois ou un an de trop. Je ne peux que vous conseiller ou vous suggérer, vous demander de revenir le plus vite possible pour, comme mon collègue l’a très bien dit, que l’on puisse nous aussi avoir notre esprit critique sur les analyses qui seront faites, sur les chiffres qui sont donnés, sur les conclusions en fonction des critères que vous venez de nous donner.

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