L’euro : force ou faiblesse ?

Posté le 21 octobre 2013 à 12 h 31 min par odestre Commentaires fermés sur L’euro : force ou faiblesse ?

Alors que nous voyons poindre à nouveau la croissance ; une croissance qu’il faudra soutenir par des mesures de relances d’envergure, nous pouvons désormais prendre du recul et analyser sereinement l’impact de l’euro au cours de ces dernières années. A t-il engendré une spirale inflationniste ou au contraire a t-il permis de limiter la hausse des biens de consommation ? Se sort il grandi ou affaibli de la crise ? A t-il constitué un avantage ou un inconvénient pour l’Etat ? En somme, est il une force ou une faiblesse ?

Les analystes convergent sur le constat que l’Euro a probablement été constitué sans que l’on ne mette en place des filets de sécurité suffisamment surs. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Grèce a pu truquer ses comptes et prétendre respecter les critères de Maastricht en vue d’intégrer l’euro zone.

De cette carence et de la défaillance de la Grèce est survenue la crise de l’Euro qui n’était pas préparé et qui ne disposait pas des moyens suffisants pour faire face aux défis qui lui ont été lancés.

L’autre cause des problèmes qu’a connu l’euro tient à des facteurs en partie exogènes qui étaient bien présents, avec ou sans Europe. En effet, la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers ont enclenché partout dans le monde des réactions en chaine qui ont inévitablement touché l’Europe. Les failles du secteur bancaire ont été mises à jour et les Etats ont dû porter secours à ces banques qui spéculaient à outrance. Les trous budgétaires se sont parfois mués en gouffres mais telle était la nécessité si nous ne voulions pas voir les ménages perdre leur épargne et les PME privées de financement.

Toutefois, force est de constater que l’Euro s’est sorti de l’impasse dans laquelle il se trouvait et que de nouveaux mécanismes ont été mis en place à plusieurs niveaux, mais en particulier à l’échelon européen, pour éviter que des crises semblables à celle de 2008 ne se reproduisent à l’avenir.

Ainsi, l’UE s’est accordée sur la nécessité de fonder le two pack, deux mesures renforçant la transparence des décisions budgétaires nationales, ainsi que la coordination dans la zone euro ; deux mesures inspirées d’un même principe : la surveillance budgétaire.

Le premier règlement s’applique à tous les États membres de la zone euro tandis que des règles particulières s’appliquent à ceux d’entre eux qui relèvent du volet correctif du Pacte de Stabilité et de Croissance, à savoir la procédure concernant les déficits excessifs (PDE).

Le second règlement définit des règles claires et simplifiées permettant de resserrer la surveillance des États membres dont la stabilité financière est gravement mise à mal, mais aussi de ceux qui bénéficient d’une assistance financière et de ceux dont le programme d’assistance financière vient de s’achever.

Pour être tout à fait concret, suite au two-pack, les Etats membres doivent présenter leur budget à l’Europe qui peut le recaler et ce, avant même que les débats n’aient eu lieu dans les parlements nationaux.

Sur le plan de la sécurité budgétaire mais aussi de l’évolution des souverainetés nationales, il s’agit d’un pas de géant effectué dans le sens de la consolidation européenne. Avant la crise, cette avancée aurait été inimaginable.

Le défi majeur est désormais la mise en place de l’union bancaire ; une union dont les contours se font de plus en plus précis et qui devrait devenir réalité dans quelques mois. L’union bancaire est capitale dans la mesure où elle permettra à la BCE et aux banques nationales de superviser les activités des banques de sorte que le contrôle s’en trouvera renforcé et que les dérives seront limitées.

Toutes ces évolutions sont cruciales pour l’euro car elles participent à l’élaboration d’une Europe plus solide, plus forte. Or, la monnaie n’est que le reflet de la santé de son détenteur. Lorsque l’Europe va mal, cela s’impacte sur sa monnaie. Les progrès engrangés permettront donc d’instaurer plus de stabilité de la monnaie unique et donc de l’économie européenne. Sur ce point, je partage l’avis de certains analystes, l’Euro me semble sortir grandi de la crise.

Est à dire que l’euro est nécessairement une bonne chose ? A nouveau, l’analyse doit être mesurée.

La monnaie unique est incontestablement plus forte que le Dollar qui constitue la monnaie d’échange dans le commerce international. Une monnaie forte implique des difficultés à l’exportation mais un avantage non négligeable à l’importation.

Ainsi, grâce à l’euro, les prix des produits pétroliers a augmenté de manière moins importante que si nous en étions resté au franc belge. Le constat vaut de manière transversale pour tous les produits d’importation. Il est donc tout à fait caricatural d’affirmer que l’euro a entrainé une hausse du coût de la vie. Le coût de la vie a augmenté au cours des dernières années, mais l’augmentation aurait été encore bien plus douloureuse sans l’euro.

Sachant que la Belgique est une économie très ouverte et que nous dépendons grandement de l’exportation, l’euro favorise t-il le développement de notre économie ? Sur ce point, je dois concéder que la réponse doit être négative. La monnaie étant plus chère, les importateurs étrangers sont dissuadés d’acheter les produits européens.

Cependant, je n’y vois pas de fatalité. Cet aspect négatif de l’euro pourrait être contrebalancé par deux éléments :

Premièrement, nous devrions tabler sur le savoir, le savoir-faire et la technologie dont nous disposons en Europe. Ce savoir devrait être protégé et sans cesse repoussé afin de produire des techniques innovantes, des procédés novateurs et des produits à haute valeur ajoutée.

Deuxièmement, au même titre que les Etats-Unis ont mis en place un certain protectionnisme, au même titre que la Chine diminue artificiellement la valeur de sa monnaie, ne soyons pas naïfs dans notre politique économique et commerciale. Il me semblerait opportun de renforcer le marché européen interne par l’établissement de barrières douanières aux frontières de l’Europe. Nos partenaires commerciaux n’ont pas de scrupules sur ce point, utilisons donc leurs propres méthodes. De cette manière, les biens produits en Europe reviendront moins cher que ceux produits à l’étranger et la consommation entrainera une spirale positive pour la production.

L’euro porte également ses effets sur les finances des Etats. Au delà des considérations sur la convergence et le renforcement des politiques, une dette libellée en euros n’est pas une dette libellée en francs. Avec le refinancement des banques, si nous n’avions pas eu l’euro, notre dette aurait littéralement explosé et nous nous serions retrouvés dans un cas semblable à celui de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal ou de l’Italie.

De même, ceux qui appellent à sortir de l’euro sont soit des démagogues cyniques et électoralistes, soit totalement inconscients de l’impact que cela aurait. Avec l’euro, l’inflation monétaire est contrôlée contrairement aux monnaies nationales. Dès  lors, sortir de l’euro signifie également libeller la dette nationale en monnaie du pays. C’est sortir de la stabilité et soumettre monnaie et économie aux affres et aux turbulences des marchés. C’est voir la dette augmenter dans des proportions inimaginables et l’Etat en perdre le contrôle.

En conclusion, lorsque je place l’euro sur la balance, je ne peux que constater qu’elle penche immanquablement en faveur de ce dernier. L’euro n’est pas exempt de tout défaut, mais ses avantages l’emportent sur ses inconvénients car en adoptant la politique adéquate, les défauts peuvent être corrigés alors que les avantages restent irremplaçables.

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