Carte Blanche : Les politiques d’intégration actuelles sont des échecs ?

Posté le 31 mai 2012 à 16 h 02 min par odestre Commentaires fermés sur Carte Blanche : Les politiques d’intégration actuelles sont des échecs ?

Les déclarations de Didier Reynders sur l’échec des politiques d’intégration ont suscité, tout comme cela fut le cas avec Daniel Ducarme il y a quelques années, beaucoup de réactions négatives d’une caste « bien pensante », lui reprochant notamment de faire ainsi le lit pour des thèses extrémistes. Or, c’est justement le fait de refuser d’aborder ce débat et de rechercher des solutions pour « mieux vivre ensemble » qui leur laissera le champ libre.

Si la société se construisait par le passé autour du principe « un peuple, une religion, une langue », force est de constater que ce modèle n’est plus celui autour duquel est structuré notre société.  Plus encore qu’hier, l’accélération des flux migratoires et la globalisation font que nous vivons dans des sociétés de plus en plus cosmopolites et pluriculturelles. En outre, la conjoncture migratoire a profondément évolué ces dernières décennies passant d’une vague d’immigration sud-européenne après la seconde guerre qui se passait dans des conditions de croissance économique et qui était « maîtrisée » à, depuis 1990, une immigration plus difficilement contrôlable et beaucoup plus hétérogène de par la grande diversité des origines des personnes et le fait qu’elles sont, pour la plupart, arrivées dans de situations très précaires.

En tant que Libéraux, nous considérons que cette diversité est porteuse d’énormément de richesses. L’Histoire regorge d’exemples montrant que les migrations ont sauvé, tant sur le plan culturel qu’économique, des sociétés en déclin. C’est également souvent grâce à ces flux migratoires que les arts, les sciences, les philosophies ont pu s’étendre et parvenir jusqu’à nous.

Cependant, il serait stupide de refuser de voir que cette évolution très rapide de notre société fait peur à bon nombre de nos concitoyens ; peur amplifiée par une organisation de l’Etat, faisant, à ce jour, la part belle au multiculturalisme – qui oppose les différentes cultures sur base de leurs différences communautaires – plutôt qu’à l’interculturalité, où la place centrale est réservée au sujet en tant qu’individu.  Le modèle interculturel repose sur une dynamique constante d’interrelations entre les individus et la société y est appréhendée en référence à un socle commun universel. L’Etat doit pour cela reconnaître et promouvoir cette diversité pour autant que ces cultures se concilient avec des valeurs de base. A cet égard, l’adhésion d’une personne ne suffit pas.  Encore faut-il qu’il soit accepté.  Et c’est là que l’intégration prend tout son sens.

L’intégration, telle que nous la concevons, est un processus partagé au terme duquel tant l’individu que l’Etat doivent faire un pas vers l’autre.  L’objectif n’est certainement pas d’effacer les différences entre les uns et les autres mais bien de relier les uns et les autres autour d’un projet commun basé sur des valeurs universelles. Alex Méro à eu cette très belle citation à méditer : « Le réel dialogue entre les cultures apparaît lorsque le système de valeurs n’est plus fondé sur une norme culturelle mais sur une compréhension des valeurs universelles.  Ces valeurs dépassent toutes spécificités culturelles ».

Pour nous, pour qui l’humain est le centre de nos préoccupations, ces valeurs ne peuvent qu’être celles héritées des Lumières. Il est en effet intolérable dans une société telle que la nôtre de permettre, par exemple, que des femmes soient considérées comme inférieures aux hommes ou que des journalistes soient menacés de mort pour quelques caricatures d’un prophète.

La politique d’immigration mériterait d’être revue en profondeur.  L’Homme doit en rester le cœur des préoccupations durant toute la procédure – par ailleurs beaucoup trop longue – mais une analyse plus approfondie de l’adhésion du candidat à des valeurs telles qu’exprimées plus haut devraient constituer une condition sine qua non du droit se séjourner sur le territoire.

L’individu autorisé à séjourner en Belgique, l’Etat se doit de lui apporter un accompagnement continu afin de s’assurer de son intégration dans la société : cours de langue, formation aux « us et coutumes locales », etc.. peuvent être des outils évitant le repli communautaire dans des ghettos comme nous en connaissons.

Une attention toute particulière devrait être apportée aux jeunes qui constituent l’avenir de notre société afin de les former au « vivre ensemble ».  Pour cela, nous proposons que les cours de religions et de morale, que nous considérons comme accentuation des différences, soient purement et simplement remplacés par un cours unique, évolutif en fonction de l’âge, de « Philosophies et cultures religieuses » veillant à éclairer nos jeunes sur la richesse des différentes cultures, religions et philosophies mais surtout à les former à la tolérance.

Enfin, la neutralité de l’Etat en Belgique n’a cessé d’évoluer vers une sorte de consensus mou façon « école des fans », où toutes les revendications culturelles et religieuses obtiennent gain de cause afin de faire le moins de vagues possibles, d’éviter toute confrontation et surtout des questions sensibles qui dérangent. Cette neutralité se doit d’évoluer vers plus de Laïcité.  Un travail de laïcisation qui ne viserait certainement pas à lutter contre les systèmes religieux mais bien à en finir avec l’éloge de la différence et à la juxtaposition de revendications communautaristes.

Ces quelques réflexions et propositions n’ont pour objectif que d’apporter notre modeste contribution à un débat politique majeur que d’aucuns semblent aujourd’hui vouloir éviter.  Un sujet important qui mérite une attention de toute la classe politique démocratique mais qui se doit de prendre de la hauteur et d’être traité hors passions.

 

 

Lionel BONJEAN, Président du MR de Mons                                                        Olivier DESTREBECQ, Député fédéral et Echevin de La Louvière

 

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