INTERVIEW ECHO de CHRISTOPHE DE CAEVEL

Posté le 31 mars 2012 à 15 h 27 min par odestre Commentaires fermés sur INTERVIEW ECHO de CHRISTOPHE DE CAEVEL

Le député Olivier Destrebecq (MR) multiplie les interventions sur les divers moyens par lesquels l’État subsidie les syndicats. Une obsession? Un combat idéologique? L’intéressé s’en défend et plaide au contraire pour la concertation sociale à la belge. Mais il estime, dans un entretien à «L’Echo», que l’assainissement des finances publiques incite à revoir certains «cadeaux» accordés aux syndicats.

Vous venez de recevoir le fouet d’or de la FGTB et du PTB. Pour un élu libéral, n’est- ce pas une forme de récompense ?
Non. C’est le fruit d’une irritation d’un syndicat, c’est plutôt une crainte de voir quelqu’un commencer à oser parler d’un sujet tabou. Je n’ai remis en cause, d’aucune manière, le syndicalisme. Si on veut qu’il y ait concertation, il faut deux pans et un équilibre sain entre ceux-ci. Mais cela n’interdit pas de s’interroger sur des acquis qui datent parfois de plusieurs décennies.

En outre, dans le contexte économique actuel, il faut que tout le monde se serre la ceinture. Tout le monde, donc y compris, pourquoi pas, les syndicats.

Les dépenses de l’état en faveur des syndicats, n’est-ce pas une manière, pas trop onéreuse, d’acheter un compromis social ?

J’entends souvent cet argument. Et je trouve que c’est grave. Le deal, c’est l’échange, la négociation, le compromis. Le deal, ce n’est pas payer l’autre pour qu’il se taise. Ce serait d’ailleurs un manque de respect pour le monde syndical. La concertation, c’est de la discussion, pas de l’échange d’argent.

D’où votre idée de supprimer le paiement de primes syndicales par l’État…

Je ne veux pas révolutionner ou casser. Mais dans la situation économique du pays, quand on devra encore trouver 5 milliards d’euros l’an prochain, on doit avoir l’audace d’aborder l’ensemble des sujets.

Quand je vois que l’État paie 21 millions d’euros pour les cotisations syndicales des fonctionnaires fédéraux, je m’interroge. 21 millions, c’est exactement ce que la ministre de la Justice réclame pour la loi Salduz. Nous sommes au bord d’un cataclysme juridique dans ce dossier. Les avocats, qui n’ont pas encore été payés pour leurs prestations de 2011, vont refuser de tenir les permanences. La loi Salduz ne pourra pas être appliquée et nous serons partis dans une multitude de recours. Dans ce contexte, ne peut-on pas réfléchir au paiement de primes syndicales par l’État ? On demande aux entreprises des efforts excessifs. Or, une partie de leurs versements à l’ONSS est ristournée aux syndicats. Supprimer cela allègerait les charges patronales.

Vous faites allusion aux dotations pour le paiement des allocations de chômage. Selon vous, le système serait-il plus efficace s’il était pris en charge directement par l’État ?

Oui et il ne faudrait rien créer car un organisme neutre, la Caisse auxiliaire pour le paiement des allocations de chômage, existe déjà. Il fonctionne bien, m’assure-t-on, et aurait l’avantage d’avoir des relations privilégiées avec l’Onem et donc d’avoir peut-être une efficacité plus grande. Ce sont des dépenses de l’État qui sont inutiles.

La CAPAC reçoit 20% des dotations mais ne paie que 11% des allocations. Est-elle donc si efficace que cela ?

Olivier Destrebecq s’interroge notamment sur le fait que l’Etat paye 21 millions d’euros pour les cotisations syndicales des fonctionnaires fédéraux.

165 millions€

C’est le montant des « frais d’administration » versés en 2011 par l’Onem aux trois syndicats en contrepartie du paiement des allocations de chômage. La mieux lotie est la CSC avec 79 millions.

Les syndicats ont simplement plus de moyens, plus de personnel. Ils ont un trésor de guerre, que personne ne connaît, pour financer d’éventuelles actions. Je veux bien comprendre ce jeu-là. C’est une de leurs forces et il faut leur laisser pour avoir une concertation équilibrée. Cela n’empêche pas que la Capac devrait recevoir un plus grand soutien.

Vous êtes aussi monté au front pour la fiscalisation des indemnités de grève, versées par les syndicats. Ne risquez-vous pas d’ouvrir une brèche dans la taxation de tous les revenus de remplacement (pensions, indemnités de maladie…) ?

Une indemnité de grève, c’est logique. C’est le prix de la démocratie, de la concertation sociale, de cet équilibre entre les forces patronales et syndicales.

Je suis d’accord que cette indemnité ait une considération fiscale spécifique, comme les autres revenus de remplacement. Mais alors, il faudrait, à tout le moins, que le syndicat délivre une fiche pour officialiser la démarche.

Une PME qui sort de l’argent sans document officiel, c’est du noir. Pourquoi un syndicat pourrait-il le faire ? Il faut aborder les sujets en toute transparence. Il ne peut y avoir un sujet plus tabou qu’un autre.

Restez-vous partisan d’une gestion paritaire de la sécurité sociale ?
Oui bien sûr. Le système belge est riche, il est basé sur le dialogue, sur l’échange. Cela implique d’équilibrer les forces. Ne pensez-vous pas qu’une entreprise qui paie ses ouvriers sans fiche de salaires sera vite inquiétée ? Pourquoi un syndicat ne doit dès lors pas sortir de fiche pour payer des indemnités de grève ?

Quand le gâteau est grand, on peut laisser faire au nom de la concertation, de la démocratie. Quand le gâteau diminue, on doit faire attention à tous les postes.

Vous avez posé de nombreuses questions parlementaires sur le sujet. Allez-vous maintenant déposer des propositions de loi pour modifier la législation ?

En politique comme ailleurs, il faut faire preuve d’humilité. J’ai donc interpellé sur ces sujets, petit à petit, je me rends compte qu’il y a des choses à faire. Je reçois énormément d’informations, y compris du monde syndical. A un moment donné, il faudra passer de l’interrogation à l’action. Pas pour casser, mais pour remettre un équilibre juste.

J’ai l’impression qu’il y a une chape de plomb sur ces questions. Je ne suis pas dans un combat, je suis simplement un parlementaire qui prend ses responsabilités. Dans les temps difficiles que les travailleurs connaissent aujourd’hui, trouvez-vous logique que la FGTB paie 80.000 euros pour offrir un concert du chanteur Cali à ses affiliés de la région liégeoise ? Il n’est pas inter- dit de se poser de telles questions tout de même.

Vos questions ont quand même souvent la même cible…

Faux, j’ai évoqué plein d’autres sujets au Parlement. Je ne fais pas une obsession sur le syndicalisme. Je suis membre de la commission des finances, je vois bien toutes les difficultés à boucler les budgets. Il faut arrêter de creuser notre trou, il faut éviter que la Belgique se retrouve dans la situation de la Grèce.

C’est notre responsabilité de parlementaire et c’est pour cela que je pose des questions, qui parfois dérangent manifestement, sur les dépenses de l’État.

Je le répète, mon objectif n’est pas de casser le syndicalisme. Mais ce sujet ne peut être tabou. Et il n’y a pas que les finances. Il est inacceptable que le droit de grève passe avant le droit au travail. J’en ai ras-le-bol qu’on empêche des gens de travailler. Les politiques fuient leurs responsabilités quand ils ne s’arrangent pas pour qu’il y ait des services minimums.

J’ai reçu le témoignage d’une personne qui n’a pu aller travailler à cause d’un piquet bloquant l’accès à son entreprise. Elle n’a logiquement pas été payée par son employeur et l’Onem a refusé de lui verser un jour de chômage, au prétexte que la grève avait pour but d’améliorer le sort des travailleurs, donc celui de mon interlocuteur. Désolé, mais pour moi, de telles situations ne sont pas normales.

Que pense le syndicat libéral de vos prises de position ?
Ils m’ont interrogé sur ma démarche. Je me suis expliqué. Ils savent que je défends le syndicalisme, la concertation sociale et le droit de grève. Et je crois qu’ils ont été rassurés.

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