Entre pollution radioactive et corruption, le dossier Duferco est gravissime !

Posté le 18 décembre 2017 à 11 h 55 min par odestre Commentaires fermés sur Entre pollution radioactive et corruption, le dossier Duferco est gravissime !

Tout d’abord, je souhaite préciser qu’il est évident que je respecte la présomption d’innocence et que tant que la justice – voire qu’une commission d’enquête parlementaire – n’a pas établi la vérité judiciaire, je continuerai de mettre tous les faits et les accusations relayées par la presse et par certaines personnes, au conditionnel ; ce qui ne m’empêche pas de m’interroger sur certains faits potentiellement gravissimes. A mon sens, à partir du moment où de l’argent public, où la santé des citoyens et où des responsabilités politiques sont engagées, il est de mon devoir de Parlementaire de réagir et de ne pas laisser les choses en l’état.

En mars 2017, j’interpellais l’ancien Ministre wallon de l’Economie sur certains aspects litigieux liés à la fermeture de Duferco La Louvière. Je l’interrogeais notamment sur les rumeurs de corruption des délégués syndicaux mais également des responsables de la Sogepa ; sur le degré de connaissance des représentants de la Sogepa quant à certaines manœuvres de la Direction en vue de fermer le site à moindre coût. Je lui demandais également si les éléments évoqués dans la presse de l’époque faisaient l’objet d’une enquête par la Sogepa, s’il avait une idée précise de l’utilisation par Duferco des centaines de millions d’euros octroyés illégalement par la Région wallonne, etc.

Dans sa réponse, le Ministre avait balayé mes interrogations d’un revers de la main et n’avait répondu à aucune de ces questions précises.

Plus frappant encore, sa réponse était un exact copier-coller du communiqué envoyé par la direction de Duferco suite aux éléments parus dans Sud Presse.

Aujourd’hui, de nouveaux éléments parus dans les médias corroborent ce qui avait été évoqué voilà quelques mois. Pire, de nouveaux éléments apparaissent, on parle notamment de déchets radioactifs qui auraient été enfouis dans le sol pour éviter un traitement coûteux.

Si ces faits se vérifient, ils sont tout bonnement inqualifiables car ils mettent en péril la santé des travailleurs, voire celle des citoyens louviérois. Il est inacceptable qu’une entreprise, largement subsidiée par les pouvoirs publics, se livre à ce type d’activités.

Si ces éléments devaient être avérés, des lourdes sanctions pénales devraient être prises contre les responsables de ces faits. Il faudrait également mener une enquête afin de savoir où le contrôle des pouvoirs publics a failli car la problématique est à ce point grave qu’elle ne peut se répéter.

Au-delà des déchets radioactifs qui auraient été enterrés, l’existence d’un hangar où des matières radioactives seraient entreposées depuis 6 ans me semble également interpellant. Même si l’entreposage de ces déchets faisait l’objet d’une autorisation, je trouve anormal que des moyens n’aient pas été déployés plus tôt afin de les traiter.

Je prends donc acte des paroles rassurantes prononcées par l’actuel dirigeant de Duferco Wallonie, mais souhaite qu’une étude sur la pollution des sols soit diligentée sur l’ensemble du site louviérois à la fois de Duferco et de NLMK, afin de pouvoir apaiser les esprits. Si réellement les informations relatives à l’enfouissement de déchets radioactifs relèvent d’accusations fantaisistes, alors je ne doute pas que les directions de Duferco et de NLMK prêteront leur concours à de telles analyses.

En ce qui concerne les faits de corruption, s’ils se vérifient, ceux-ci sont tout aussi graves ! Dans ce dossier, on n’aurait en fait pas arrêté d’utiliser de l’argent public à des fins de corruption.

Ainsi, il serait tout à fait intolérable que de l’argent public, sensé servir à maintenir l’entreprise à flots, ait servi à corrompre des délégués syndicaux en vue de fermer, sans heurt, cette même entreprise. Il serait bon que les principaux syndicats de l’entreprise à savoir la FGTB et la CSC mènent une enquête sur les conditions de départ de certains chefs de délégation et collaborent avec la justice afin que celle-ci puisse travailler efficacement.

Selon les dires de Mustapha Ekinci, ancien représentant syndical chez Duferco, les membres de sa famille qui travaillent encore chez NLMK sont aujourd’hui menacés de licenciements, en raison des informations parues dans la presse. A nouveau, si ces éléments sont avérés, il est tout à fait inacceptable qu’une direction fasse pression de la sorte sur ses travailleurs !

De même, l’agression de M. Pioggia n’est pas un acte anodin. Cela dénote de méthodes  presque mafieuses et là encore, la justice devra faire son travail afin de débusquer les commanditaires.

Si les éléments relatés ce jour dans les médias étaient avérés, le scandale publifin qui a pourtant fait tomber un Gouvernement, ne serait qu’une petite anecdote en comparaison du scandale Duferco.

Entre pollution radioactive, abus de biens sociaux, agression physique, montages financiers dans des paradis fiscaux, menaces, chantage et corruption à grande échelle, le dossier Duferco est gravissime ! Si la Justice doit poursuivre son travail, je pense que politiquement une série de questions doivent être posées notamment sur le rôle de la Sogepa et des précédents Gouvernements.

Pourquoi la FSIH, filiale de la Sogepa, a-t-elle monté des opérations via l’île de Guernesey ? Les subsides octroyés à Duferco l’ont-ils été avec une perspective d’enrichissement personnel des différents responsables politiques successifs ? Quelle fut la rémunération officielle des membres de la FSIH et de la Sogepa ? Y’a-t-il eu une rémunération officieuse et des pots de vins ?  Est-il exact qu’un Administrateur privé de la FSIH, membre du CA de la SOGEPA a perçu indûment des milliers d’euros sur un compte off-shore ? Y’a-t-il bel et bien une pollution radioactive ? Si oui, comment les organismes publics ont-ils pu passer à côté ? Duferco a-t-il perçu des subsides afin de dépolluer ses sites ? Si oui, combien ? Où est passé cet argent et à quoi a-t-il servi ?

Y’a-t-il eu des accords entre la direction et les chefs de délégations syndicales ? A-t-on essayé de faire taire les ouvriers qui en savaient trop ?

Toutes ces questions relèvent notamment de la sphère politique et doivent donc – au moins en partie – trouver des réponses d’ordre politique afin de pouvoir déterminer quelles ont été les failles mais surtout pour tout faire afin que ce types de dérives – si dérives il y a – ne se reproduisent plus à l’avenir. Je ne pourrais par exemple pas supporter l’idée que l’on ait pu mettre à mal la santé des travailleurs et des Louviérois en fraudant sur des déchets radioactifs.

C’est pourquoi, j’interpellerai le Ministre de l’Economie sur le dossier ; un dossier sur lequel je travaille depuis longtemps et que je ne manquerai pas de suivre dans les mois à venir.

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