Baptême et alcool: brisons clichés et amalgames

Posté le 15 octobre 2013 à 12 h 24 min par odestre 1 Commentaire

Beaucoup de choses ont déjà été dites dans le cadre des guindailles, des baptêmes et des soirées étudiantes. Toutefois, il me semble nécessaire de prendre du recul par rapport aux deux évènements tragiques qui se sont déroulés récemment afin de replacer les éléments dans leur contexte.

Il apparait par exemple opportun de rappeler que le baptême n’est pas une démarche obligatoire et que, dans certaines facultés il en est même quasiment absent. Les étudiants qui y participent sont majeurs et responsables de leurs actes.

Par ailleurs, les baptêmes font partie d’une tradition folklorique fermement ancrée dont les deux dérapages, isolés ne doivent pas remettre en cause l’existence. Si tel était le cas, pourquoi ne pas remettre également en cause les marches de l’entre-Sambre et Meuse ou le Carnaval qui sont parfois le théâtre d’évènements tout aussi dramatiques ? Dans la même perspective, pourquoi ne pas interdire les festivals tels que Dour ou Werchter ? Dans ces lieux aussi la consommation d’alcool est abondante et le public jeune.

Le réel problème n’est pas le baptême en lui-même mais les modalités d’exercice du baptême. Je suis évidemment contre tout ce qui peut s’assimiler à un traitement inhumain ou dégradant, je suis contre la pression sociale qui, dans certains cas, rend le baptême obligatoire. Le baptême ne doit pas conditionner la réussite et la mise à disposition des syllabi ; il doit exclusivement relever d’une démarche personnelle et librement consentie.

Quant à son organisation, elle doit respecter la loi et ne pas déboucher sur des troubles à l’ordre public ou sur la mise en danger des participants. Un travail de conscientisation et de collaboration doit donc être prioritairement entrepris avec les organisations estudiantines. Il me semble préférable que les baptêmes continuent d’exister dans un cadre défini, avec un encadrement compétant et des acteurs conscientisés plutôt que de l’interdire purement et simplement car cela conduirait à l’organisation de baptêmes secrets avec des risques encore bien plus grands. A titre de comparaison, l’exemple de la prohibition et de toutes les dérives qui en ont résulté me semble éclairant.

Pour avoir discuté avec plusieurs étudiants, l’organisation de baptêmes « encadrés » est tout à fait possible et déjà en vigueur dans certaines universités où, durant le baptême, la consommation d’alcool est interdite et l’horaire strictement limité. Si c’est possible dans certaines facultés, je ne vois pas d’obstacle majeur à la généralisation de ce système qui a le mérite de responsabiliser les jeunes.

Toutefois, la consommation d’alcool ne se limite pas aux baptêmes. Soyons réalistes, lors de toute manifestation estudiantine, lors de toute soirée, l’alcool coule à flots et il est totalement utopique d’essayer de l’interdire. Dans ce cadre où chaque étudiant est responsable de lui-même, chacun doit pouvoir s’imposer ses limites. C’est évidemment le point le plus fondamental car il renvoie à la problématique de l’éducation et de la place de l’alcool dans notre société.

Sans une information, sans une éducation en la matière, à l’école et avant tout dans le cercle familial, le jeune qui goûte à sa liberté sera plus tenté de dépasser les limites et sera donc plus susceptible de déraper. L’alcool ne devient un mal que si il est consommé avec déraison et cette déraison sera évitée si le travail éducatif a été correctement réalisé en amont.

L’évolution la plus inquiétante en matière de consommation d’alcool est d’une part qu’elle touche les jeunes de plus en plus tôt. L’université est mise en lumière par l’actualité mais la lucidité doit nous ouvrir les yeux sur le fait que dès les humanités, la consommation abondante et fréquente d’alcool touche les jeunes de 16 – 14 et parfois même 12 ans. Ce point touche directement à la responsabilité du vendeur qui, selon la loi, ne peut délivrer de l’alcool à un mineur ; mais également et à nouveau, à l’éducation de manière générale.

D’autre part, l’ivresse ne semble plus être la conséquence d’une soirée arrosée, elle en devient à la fois la finalité et le point de départ ; comme s’il n’était plus possible de s’amuser sans boire à outrance au préalable. Ce phénomène s’illustre d’ailleurs au travers du binge dinking et se matérialise par l’achat d’alcools forts et bon marchés avant la soirée, plutôt que de bière pendant celle-ci.

Cette pratique me semble être le reflet d’un certain mal-être de nos jeunes qui, à une époque charnière de leur vie, sans repères et sans valeurs solidement encrés en eux, peuvent avoir le sentiment que l’avenir est bouché. C’est pourquoi le Gouvernement, le Parlement, qu’il soit fédéral ou régional, les pouvoirs publics dans leur ensemble doivent travailler d’arrache-pied à la construction d’un avenir. C’est d’ailleurs un des motifs pour lequel nous avons mené une politique de rigueur budgétaire avec autant d’abnégation. Nous ne voulons plus hypothéquer l’avenir de nos jeunes !

Il faut également veiller à ce que la croissance et l’activité repartent à la hausse. Sortir de l’école ou de l’université, trouver un emploi, s’assumer, ce sont là les vrais défis de nos jeunes et pour qu’ils puissent y parvenir, le politique a son rôle à jouer.

Tous, à notre échelle, nous devons travailler pour que nos jeunes soient confiants dans leurs possibilités et ne cherchent pas à étouffer leur marasme et leurs angoisses dans de vaines vapeurs éthyliques.

Enfin, je constate qu’il est toujours plus facile de donner des conseils à son voisin plutôt que de faire face à ses propres problèmes. Plutôt que de nous donner des leçons, Ségolène Royal ferait mieux de suggérer au Président Hollande de financer de manière conséquente les études supérieures en France afin que les étudiants ne soient plus contraints de venir sur les bancs des universités belges.

1 Commentaire sur "Baptême et alcool: brisons clichés et amalgames"

  1. Je partage cette vision du problème.

    Je pense qu’un premier point concerne la pratique en tant que telle des baptêmes. Lié étroitement à la vie estudiantine, il est certain qu’ils ne doivent en aucune façon être interdits. Par contre, il faut s’assurer de deux choses:

    1) Que la participation aux baptêmes soit strictement consentie, et ceci sans aucune forme de pression.

    2) Que les épreuves auxquelles sont soumis les bleus soient essentiellement symboliques ou « bon-enfant », ne porte pas atteinte à la dignité humaine, ne mettent pas en péril la vie ou la santé et ne soient pas contraire à la loi. Je pense qu’il y a moyen de s’amuser sans tomber dans le trash et surtout sans faire faire des choses qui peuvent s’avérer dangereuses.

    Pour ce qui est de l’alcool, j’apprécie que tu parles de lutter contre la consommation « déraisonnables ».

    Mais lire qu’il serait « utopique » d’interdire l’alcool me choque un peu, non que je sois pour cette interdiction mais que pour moi, cette idée n’est pas utopique, elle est inacceptable, intolérable et liberticide. Nous sommes, je crois, d’une génération où l’on servait de la bière de table à la cantine de l’école et de la pils dans le secondaire supérieur, et je pense que c’est peut-être justement cette liberté qui nous rendait plus raisonnable.

    L’alcool est bien moins un problème que le symptôme d’un autre mal et ce n’est pas contre la consommation d’alcool qu’il faut lutter mais contre ce qui motive cette consommation excessive. Mais j’aimerais qu’on arrête de diaboliser l’alcool et de nous assommer de discours moralisateurs. Sans tomber dans la nostalgie, je me souviens que quand j’avais 14 ou 15 ans, dans les années 70, on allait parfois boire une pinte entre copains mais nous ne sommes jamais rentrés saouls. A partir du secondaire supérieur, on pouvait acheter de la Jupiler pendant la récré et sur toute la durée de ma scolarité, j’ai le souvenir d’un seul élève qui a été surpris en état d’ivresse état d’ivresse à l’école. Il a été renvoyé et il n’est venu à personne l’idée de remettre en cause la vente de bière. Il était, dans l’esprit de chacun, le seul et unique responsable et nous nous sommes tous demandés ce qui avait pu lui prendre.

    Bref, j’ai le sentiment que la tendance à l’abolitionnisme, la banalisation de l’intolérance envers le tabac et l’alcool sont responsables en bonne part de cette situation.

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